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Quelques grandes particularités de l’histoire

۩ L’histoire est partielle ; en ce sens, l’image du passé sera toujours imparfaite;

۩ en histoire, la relativité joue un rôle primordial. Ainsi, il n’y a pas de vérité absolue : aucune loi ne permet la prévision de l’histoire;

۩ l’histoire est transcendante;

۩ l’histoire est contrainte à la finalité : tout peut être fondé mais pas par n’importe quoi;

۩ l’objet de recherches et le métier spécifiques de l’historien est le rapport de l’homme au passé;

۩ l’histoire est un instrument qui permet de surmonter les crises et c’est la représentation de la continuité qui permet une formulation théorique de ces dernières;

۩ l’histoire n’est scientifique que par sa méthode, la critique historique. L’on peut donc souligner que l’histoire est la plus humaine des sciences humaines, et ce, à cause de son mode d’investigation, d’explication et de contrôle ;

۩ et tout l’aspect social intéresse l’histoire : les masses, les structures, la globalité et la production populaire.

 

Comment le travail de l’historien se démarque-t-il de celui des spécialistes des autres disciplines en sciences humaines ?

۩ L’histoire est, nous le mentionnons ci-dessus, transcendante. En ce sens, l’historien à la particularité qu’il doit constamment réécrire l’histoire;

۩ contrairement aux politologues, économistes, etc., l’historien n’a pas de domaine de référence spécifiquement associé. Ainsi, il peut aussi bien traiter de l’histoire médicale, de l’histoire légale, et ainsi de suite;

۩ l’historien doit constamment travailler avec des concepts métaphoriques et se laisser parfois guider par son intuition;

۩ et, à l’instar des autres spécialistes, l’historien ne pourra jamais constater par lui-même les faits qu’il étudie et qu’il décrit, contrairement à, par exemple, un physicien qui peut tester ses hypothèses.

 

Qualités que l’historien doit maîtriser pour effectuer son travail

۩ Une forte dose de curiosité et d’initiative;

۩ une certaine objectivité;

۩ une certaine subjectivité;

۩ une faculté d’appréhension du vivant, aiguisée par un contact perpétuel avec l’aujourd’hui;

۩ et un grand intérêt pour l’écriture, tant à lire qu’à écrire, car cette dernière est son outil de travail de base.

 

Quelques grands paramètres de la méthodologie en histoire

۩ Les contraintes du présent :

a. les sources utilisées par l’historien vont déterminer l’allure de son ouvrage ;

b. la personnalité de l’historien va conditionner, davantage que les sources, les faits qu’il aura retenu ;

c. et l’’historien appréhende le passé non pas comme un passé qui fut un présent, mais comme un présent qui fut un passé.

۩ Les dimensions du domaine de l’historien :

a. les hommes : s’il n’y a pas d’hommes, il n’y a pas d’histoire ;

b. le temps et les temps : le temps est unidirectionnel (du passé vers l’avenir) et irréversible (remonter le temps est un acte de l’imagination). Il y a divers temps : temps physique (jours, années, etc.), temps psychique (selon les consciences différentes qui ont des perspectives diverses de l’écoulement du temps), temps social (les sociétés et leurs rapports propres au temps) et le temps historique (représenté par la démarche historienne) ;

c. la liberté : c’est l’homme qui façonne le processus historique, et cela, selon son propre gré ;

d. et la totalité : les individualités elles-mêmes, avec l’ensemble de leurs traits spécifiques, sont soulignées par le discours historiographique.

۩ Le problème :

a. l’histoire se fait grâce aux traces antérieures, aux sources ;

b. l’histoire se fait avec des problèmes du présent ;

c. le problème est subjectif ;

d. et l’on pourra analyser ces sources du passé grâce à la critique; l’on pourra élaborer des questions du présent grâce à la problématique.

۩ L’hypothèse :

a. le problème est accompagné d’une possible réponse et l’on désire vérifier cette dernière grâce à l’hypothèse ;

b. et l’hypothèse est issue d’un cheminement intellectuel à la fois motivé et informé.

۩ L’heuristique :

a. une démarche vers l’objet passé : la recherche de traces ;

b. et pour faciliter son travail, l’historien dispose d’une multitude d’outils : catalogues de bibliothèques, musées, archives, inventaires, répertoires bibliographiques, etc.

۩ L’établissement des faits.

۩ La compréhension.

۩ L’intelligence du passé : la conceptualisation de son expérience et la maîtrise de la masse d’informations à sa disposition.

۩ La présentation des connaissances : sa capacité de convaincre le lecteur.

 

Comment la méthode historique se distingue-t-elle des autres disciplines en sciences humaines ?

۩ Alors que l’histoire de la terre est l’affaire du géologue, celle des végétaux et animaux du paléontologue, et alors que l’histoire de l’univers relève de l’astronome, l’historien se préoccupe principalement de la connaissance des hommes, et ce, par leurs activités et leurs créations.

۩ La part subjective dont use l’historien, et qui fait appel au plus profond de son être, est unique dans le cadre scientifique. Nous pouvons être fiers de cette marge de manœuvre par rapport aux sources que l’on utilise. Il ne fait aucun doute, alors, que l’histoire est la plus humaine des sciences humaines.

۩ Quant au « territoire » de l’historien, l’espace-temps est un concept qui prend tout son sens dans le cadre de son travail. Ainsi, on ne pourrait imaginer un historien délaisser le cadre temporel au détriment du cadre spatial, ou vice versa, alors que certains géographes pourraient fort bien traiter de sujets particulier en se limitant simplement au concept d’espace, sans même tenir compte du cadre temporel.

۩ Quant aux sources utilisées en histoire, les possibilités d’utilisation semblent infinies par rapport aux problématiques soulevées.

۩ L’objet de l’histoire est le changement social : alors que les espèces animales ont un fonctionnement social naturel (invariable car inscrit dans le système génétique), le fonctionnement social de l’être humain est, pour sa part, culturel (produit, modifié par la société-même, et adapté, donc variable). Ainsi, ce que l’historien recherche, c’est la compréhension des sociétés humaines : comment elles changent, comment elles se différencient ?

۩ Tout le social l’intéresse : la vie quotidienne de chacun (les masses) au détriment des personnalités « importantes » ; les faits de longue durée (structures) au dépend des événements ; les éléments économiques, démographiques, cultures, etc. (globalité) au détriment du seul facteur politique ; et enfin, les œuvres ordinaires de la vie courante (production populaire) plus que les œuvres savantes.

۩ Bref, « Au sens strict des termes, l’histoire ne répond pas à la définition de la science ; elle ne consiste pas en démonstrations abstraites comme les mathématiques ; elle n’est pas vérifiable par l’expérimentation comme les sciences de la nature ; enfin, elle n’aboutit pas à des lois qui permettent la prévision ! » (Léon-Ernest Halkin, Éléments de critique historique, Liège, H. Dessain, 1974, p. 19).

 

Les particularités de l’histoire économique

۩ L’histoire économique permet une juxtaposition de deux disciplines qui ont, à l’origine, des méthodes et des visées très différentes. Ainsi, alors que l’historien analyse les archives à la recherche de problématiques et d’hypothèses révélatrices du passé et du présent, l’économiste sera plus porté à quantifier, à comparer, et à établir des théories économiques faisant guise de lois.

۩ L’analyse quantitativiste, propre à la science économique, n’a pas pour objet l’étude des déterminants de la production (explication du mouvement économique par les métaux précieux, entre autres).

۩ L’histoire économique est reliée à de multiples facteurs politiques, agricoles, sociaux, etc. Bref, il ne s’agit pas d’une science isolée des autres disciplines, voire même des facteurs de la nature. Ainsi, elle influence autant les autres sciences qu’elle en retire des qualités, et l’environnement dans lequel l’économie agit et réagit est un élément clé de son caractère propre. De plus, des réalités économiques actuelles – des comptes en fidéicommis, par exemple – sont, en fait, directement liées à des concepts ayant des racines historiques parfois très anciennes : fideicommis est, en droit romain et selon le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, le « fideicommissum ».

۩ L’histoire économique fut influencée tant bien que mal par l’analyse économique qui se veut global (omniprésent et nécessaire), mais qui dénote aussi l’emprise qu’elle a sur l’aspect du temps (il est impossible de limiter, d’encadrer, le concept d’économie à l’intérieur d’un cadre événementiel strict). Selon ce type d’analyse, quand débute la Révolution tranquille et quand s’arrête-t-elle ? Dur à définir, en effet.

۩ L’histoire économique ne tente pas seulement d’expliquer les facteurs et les faits à caractère économique, elle cherche aussi à palper, à explorer, les forces dynamiques qui révolutionnent et qui transforment les économies proprement dites.

۩ Robert Boyer souligne plusieurs relations entre la recherche historique et la recherche économique : 1) l’adjacence : théorie classique de Ricardo contre l’histoire événementielle (pré Annales) ; 2) le recouvrement : sans qu’il s’agisse d’interaction, les deux disciplines apportent leurs méthodes et résultats propres à l’égard d’un objet commun ; 3) la dépendance (New Economic History) : les théories économiques actuelles permettent de jeter de la lumière sur des événements relevant de l’histoire ; 4) la trans-spécificité : l’économie a fournit certaines applications à d’autres disciplines, sans que ces dernières aient perdu leur « indépendance » (ex : concept de rationalité s’est étendu à la psychologie, à la sociologie, à la politique ; concept d’intérêt, etc.) ; 5) trans-causalité : l’apparition d’une causalité en économie, ou dans une autre discipline, peut influencer certains facteurs ou résultats d’une autre discipline.

۩ Depuis les années ’50, la méthodologie positiviste de Friedman est très importante en économie, et ce, à l’encontre d’une méthode plutôt historienne.

۩ L’économiste se doit d’être ouvert à des « logiques » autres qu’à celles qu’il connaît, d’agrandir son champ de vision : les historiens et leurs travaux lui permettront de sortir de la pure théorie afin de découvrir de multiples modèles économiques.

۩ Pour l’économiste, l’histoire permet l’encadrement, la mise en contexte, de ses objets d’étude.

۩ L’histoire économique amène l’historien à devoir se servir d’informations pluridisciplinaires et multiples afin de préparer une analyse rationnelle.

۩ Bien que l’économie soit souvent liée à des événements à court terme, l’histoire économique, elle, va souvent être caractérisée par des périodes à plus long terme.

۩ L’histoire économique permet l’intégration de diverses méthodes d’analyses de données et de représentation de ces dernières : tableaux statistiques et recensements, entre autres.

-> Quelques historiens de l’histoire économique : Jean Andreau, Robert Ekelund, Lucien Febvre, Robert Fogel, Patrick Fridenson, Alexander Gerschenkron, Nikita Harwich, Harold Innis, Andreï Korotaïev, Karl Marx, Robert C. Allen, Sudha Shenoy, R.H. Tawney et Arnold Toynbee, entre autres.


     

    Les particularités de l’histoire ouvrière

    ۩ Elle révèle cette force majeure qui est constituée de millions d’hommes et femmes qui façonnent la société à coup de labeur, de sueurs, de batailles, de victoires et de pertes, et ce, quotidiennement.

    ۩ Elle est intimement liée à l’histoire dite politique, car les ouvriers ont toujours été des luttes qui visaient à obtenir davantage de protections sociales et légales. Quant à leur représentation politique, de nombreux partis ont tôt fait de s’allier à cette marée humaine afin d’en tirer parfois profit, parfois notabilité : les partis travaillistes, le Nouveau parti démocratique, les nombreux partis marxistes, socialistes, etc.

    ۩ Influencée et influençant, tour à tour, l’économie et son histoire.

    ۩ Diverses problématiques de l’histoire ouvrière, tel le chômage, permettent de regrouper plusieurs disciplines, que ce soit la sociologie, l’économie, la géographie. Bref, l’histoire ouvrière est, en ce sens, pluridisciplinaire. Cette interaction entre les disciplines sert à donner de nouvelles significations aux sources étudiées, et ce, selon les acteurs qui les interprètent.

    ۩ L’histoire ouvrière fait souvent référence à des actions réactionnaires qui soulignent le mécontentement social.

    ۩ L’histoire ouvrière (surtout par rapport à la problématique du chômage) est une réalité socio-économique, objective et conceptuelle qui permet de prévoir vers quoi on a toutes les chances de se diriger.

    ۩ L’historien devra, souvent, avoir recours à des documents à caractère sociologique, voire même légal, afin d’en savoir plus sur les ouvriers. Ainsi, les sources sont de multiples origines.

    ۩ L’histoire ouvrière en est une d’oppositions : les ouvriers versus les patrons, les ouvriers contre les ouvriers, mais aussi les ouvriers à l’encontre de l’État et de ses politiques, entre autres. Il s’agit donc d’un « bouillon de culture » exceptionnel pour la critique sous toutes ses formes.

    ۩ L’histoire ouvrière peut aussi être révélatrice de grandes solidarités humaines. On le constate lors de grandes manifestations syndicales, même lors de grandes révolutions sociales et politiques.

    ۩ L’histoire des ouvriers démontre à quel point le mouvement ouvrier et syndical est le miroir de toute société en santé : diversifié, complexe, prompt aux avantages de toute nature, réactionnaire, contestataire, dynamique, bref vivant.

    ۩ L’histoire des ouvriers souligne aussi la polyvalence des travailleurs : ils sont, souvent, producteurs de biens et, parfois, activistes, visionnaires, négociateurs, voire même philosophes. L’ouvrier est, à peu de choses près, la plus belle invention humaine.

    ۩ L’histoire ouvrière « s’abreuve » également de plusieurs sources statistiques afin de donner forme à ses questionnements et à ses arguments.

     

    Les particularités de la démographie historique et de l’histoire de la famille

    ۩ Les problématiques et les sources propres à l’histoire de la famille semblent inépuisables, tant pour l’époque antique que pour l’histoire contemporaine.

    ۩ L’histoire de la famille a été, et est toujours (dans certaines circonstances), très liée aux divers pouvoirs et enjeux qui découlent d’unions familiales : entre autres, les pouvoirs et enjeux à saveur politique et économique.

    ۩ L’histoire familiale tient compte d’un des facteurs primordiaux de la raison d’être de la famille : la procréation.

    ۩ La généralisation de l’institution qu’est le mariage, d’un point de vue social, est un élément important de l’histoire de la famille dans l’Antiquité romaine.

    ۩ Tous n’ont pas la même vision quant au mariage et à sa signification. Ainsi, l’histoire familiale est critique, et divergente quant aux diverses opinions d’époque. Même en Antiquité, de nombreux auteurs confrontent leurs idées sur le sujet.

    ۩ La justice et le droit ont toujours été liés à l’histoire de la famille, particulièrement par rapport au mariage. D’époques en époques, diverses lois ont ainsi été appliquées afin d’encadrer cette institution maritale.

    ۩ Même avant que le courant positiviste apparaisse, des auteurs humanistes, tel Altieri, ont « méthodologiquement » questionné l’histoire afin d’en savoir plus sur la famille : ils posent des questions, commentent les « coutumes matrimoniales » du passé ainsi que leurs racines antiques, interrogent les vieillards, ils font des enquêtes documentaires, etc. Tout cela dans un cadre strict d’érudition.

    ۩ L’histoire de la famille nous révèle également d’anciennes traditions qui, dans certains cas, sont toujours en pratique aujourd’hui.

    ۩ L’on ne peut écarter l’influence de l’Église sur l’institution du mariage et de la famille. Altieri, humaniste aristocrate, a une position assez proche de la doctrine de l’Église lorsqu’il traite d’histoire de la famille.

    ۩ Quant à la démographie, l’histoire souligne deux facteurs intéressants : i) une hétérogénéité propre à certaines communautés (thèse), mais aussi, ii) certaines génopathies causées par des mariages consanguins (antithèse).

    ۩ La démographie historique fait intervenir plusieurs problématiques qui relèvent de diverses réalités religieuses, nationales, culturelles et ethniques, entre autres. Ainsi, tout le social et le politique affecte et est affecté par la démographie.

    ۩ La géographie influence ou non, selon les divers historiens, cette démographie. Bloch et Sewell ont ainsi deux opinions bien divergentes à ce niveau de questionnement.

    ۩ Trois modèles comparatifs, linéaire, convergent et divergent, peuvent regrouper les diverses études propres à la mobilité sociale des multiples populations.

     

    Les particularités de l’histoire des femmes

    ۩ Deux facteurs ont amené l’émergence de l’histoire des femmes : l’épanouissement du féminisme depuis les années ’60 et une redéfinition des objets d’étude de la discipline historique.

    ۩ Il y eut une montée en flèche des études féministes à caractère historique dans les années ’60 et ’70.

    ۩ L’histoire des femmes est en soi une démarche fondamentale dans le processus de formation de la conscience collective.

    ۩ Les femmes veulent modifier l’avenir ! Pour ce faire, elles doivent donc situer leur action dans le temps.

    ۩ Auparavant, l’Histoire en était une d’hommes. Une prise de conscience était nécessaire. Ainsi, l’histoire des femmes révolutionne la discipline, généralement parlant.

    ۩ Il existe deux exceptions où les femmes étaient présentes, en surface, dans l’Histoire : grâce aux travaux des spécialistes du droit et à l’intérieur des biographies.

    ۩ L’écriture de l’histoire a été influencée de trois façons par le féminisme : a) la recherche et l’étude du féminin sous toutes ses formes ; b) l’introduction de la dimension féminine dans les grandes thématiques de l’histoire socio-économique ; et c) la réintroduction de l’histoire des femmes dans l’Histoire.

    ۩ L’histoire des femmes est, curieusement, dans un monde à part, comme si l’on ne voulait l’inclure aux grandes thématiques classiques en histoire.

    ۩ L’aspect « nouveau genre » insufflé par l’histoire féminine est très révolutionnaire pour la discipline, mais très rassembleur et généralisé à la fois, et ce, par rapport à l’ensemble de la population actuellement.

    ۩ L’histoire des femmes fait appel à d’autres genres historiques. Selon moi, l’on pourrait ainsi parler « d’intradisciplinarité ».

    ۩ Un questionnement majeur est particulier à l’histoire des femmes : faire l’histoire des femmes ou intégrer les femmes à l’histoire ?

    ۩ Trois époques charnières façonnent l’histoire des femmes : a) les années ’70 ; b) la première moitié des années ’80 ; et c) la deuxième moitié des années ’80.

    ۩ Bien que la mémoire collective ait peu de traces laissées par les femmes dans le quotidien, l’engouement soulevé par la recherche et l’analyse de traces dans la mémoire est réel.

    ۩ Grâce à certaines sources, parfois légales comme c’est le cas ici, l’on se rend compte à quel point les femmes (sans oublier leurs intérêts propres) étaient laissées pour compte par la société. Nul doute que l’histoire ne leur a pas donné une place de choix jusqu’à tout récemment.

    ۩ L’histoire des femmes en est une qui souligne fort bien les souffrances et les abus dont elles furent victimes tout au long de l’Histoire.

    ۩ Comme l’indique certaines sources, les rapports d’investigations de crimes sexuels ne nous montrent qu’une partie de ce qui s’est vraiment passé. En réalité, il s’agit plus de tracer un tableau général de la situation. Même dans l’histoire des femmes, la vérité demeure bien partielle, et hautement subjective.

    ۩ L’histoire des femmes permet de cerner la réalité passée de l’ensemble de la population féminine. Il est important pour l’histoire de porter un regard critique sur les deux genres humains et non pas que sur sa moitié masculine.

    ۩ L’histoire des femmes et de la pensée féministe en est une de revendications et de révolution des fonctionnements sociaux traditionnels.

     

    Les particularités de l’histoire socioculturelle

    ۩ L’histoire socioculturelle permet des comparaisons de pratiques et de coutumes diverses entre les sociétés et les cultures à l’étude.

    ۩ L’histoire socioculturelle traite autant des « réalités » du passé que des mythes, religieux ou autres. L’imaginaire populaire a une grande part d’influence par rapport à ce genre d’histoire.

    ۩ Le cadre géographique influence l’aspect social et culturel qui intéresse ce genre historique.

    ۩ Le conflit entre les sciences sociales et l’histoire, à savoir l’application de modes de travail issus des sciences exactes à l’histoire (en remplacement de l’empirisme), altérait la position dominante de l’histoire à l’université.

    ۩ L’histoire réagit à l’influence des sciences sociales : apparition de l’histoire des mentalités, de la psychologie historique, etc. Ainsi, il s’agit d’une nouvelle alliance.

    ۩ La qualité du lecteur est primordiale dans cette histoire sociale et culturelle. Les compétences de lecture et du lecteur sont importantes.

    ۩ Trois modalités du rapport au monde social :

    1. Travail de classement/découpage à configurations intellectuelles multiples de divers groupes sociaux.

    2. Pratiques symbolisant un statut et un rang.

    3. Formes institutionnalisées et objectivées à « représentants » qui symbolisent et perpétuent l’existence du groupe, de la communauté ou de la classe.

    ۩ L’histoire socioculturelle démontre à quel point la « représentation » est importante, car elle fabrique du respect et, parfois, une forme de soumission.

    ۩ Toutefois, il semble qu’en histoire socioculturelle, les historiens soulignent davantage les représentations, les normes et les idées qui pèsent sur les comportements, et ce, au détriment de l’expérience proprement dite.

    ۩ Bien que l’histoire socioculturelle puisse être méthodologiquement et scientifiquement critiquable, l’opinion du peuple et la croyance morale populaire a aussi son mot à dire.

    ۩ La domination de l’Europe sur le monde va, entre autres, favoriser l’histoire socioculturelle par l’intermédiaire d’ouvertures de musées et par le développement de la science archéologique.

    ۩ Par rapport à la préhistoire, la Sainte Bible a allié mythes et croyances populaires afin d’influencer cette partie de l’histoire socioculturelle.

    ۩ La psychologie collective influence l’histoire socioculturelle dans le sens où elle force l’historien à isoler des systèmes mentaux et émotifs et non pas des sentiments isolés.

    ۩ Il existe aussi les opposants à cette histoire socioculturelle, du moins sous certaines formes. Ainsi, Michel Foucault souligne qu’il est absurde et inutile d’étudier la folie ou la sexualité de l’Antiquité à nos jours, car il s’agit de rapports qui se transforment d’une société à la raison, au désir et à la norme.

    -> Quelques historiens du social : Lorenzo Arnone Sipari, Georges Bourgin, Philippe Boutry, Raphaëlle Branche, Isabelle Bricard, Alain Corbin, Jean Dautry, Jean-Paul Depretto, Michel Dreyfus, Carlo Ginzburg, André Gueslin, Ran Halévi, Dominique Kalifa, Jacques Kergoat, Jürgen Kocha, Reinhart Koselleck, Georges Lefranc, Moshe Lewin, Gérard Noiriel, Michelle Perrot, Antoine Prost, Jacques Revel, Pierre Rigoulot, Giovanni Romeo, André Servier, Leis Siegelbaum, Stéphane Sirot, Edward Palmer Thompson, Lynne Viola, Hans-Ulrich Wehler et Michelle Zancarini-Fournel, entre autres.

     

    Les particularités de l’histoire religieuse

    ۩ L’histoire religieuse fait souvent appel aux Grands personnages religieux ou à connotation religieuse. Il s’agit, surtout avant la Révolution tranquille, d’une histoire des « Grands Hommes » en quelques sortes.

    ۩ En plus du culte des saints, les reliques et les pèlerinages sont de très populaires objets d’étude en histoire religieuse.

    ۩ C’est aussi l’histoire d’une société occidentale organisée, structurée, par l’Église et ses représentants, et ce, quant à son mode de production (féodalité).

    ۩ Toutefois, la définition du concept de « religion » n’est pas facile à cerner. Par exemple, pourrait-on dire que la magie fait partie intégrante de la religion, même populaire ? L’on constate que ce concept est empreint de valeurs parfois péjoratives.

    ۩ Quant au terme « religion populaire », il est, lui aussi, problématique d’un point de vue conceptuel : qu’est-ce que le « peuple » par rapport à la religion ? En effet, il n’y a pas de définition claire à cet égard, étant donné la longue durée (dix siècles d’histoire), entre autres.

    ۩ Certains auteurs, tel que Schmidt, révèlent des points de vue révolutionnaire et révélateur de l’Église et de sa longue domination sociale, politique, et culturelle : selon eux, l’évolution de l’Église fut facilité par un peuple « naïf » et « émotif », donc facile à manipuler, à dominer.

    ۩ Au Québec, jusqu’à tard dans les années 1950, la religion a dominé plusieurs secteurs : la culture, l’éducation et même l’histoire.

    ۩ Des années ’45 à ’60, des contestataires québécois face à cette société menée par les clercs lèvent la voie et perdront, bien souvent, leur emploi.

    ۩ Une des caractéristiques principales de la Révolution tranquille fut la remise en question de l’Église et de ses influences tentaculaires sur la société. Ainsi, les thèses en histoire religieuse, dès lors, prennent de plus en plus de place : notons celles de Pierre Savard (1967), Lucien Lemieux (1968) et Richard Jones (1974… qui fut l’un de mes professeurs à l’Université Laval lors des années 1990), parmi bien d’autres.

    ۩ Donc, davantage de thèses mais des nouveaux venus également : le genre religieux en histoire n’est plus le terrain de jeu des seuls religieux à partir des années ’60, mais ouvert aux maîtres et docteurs en histoire laïcs.

    ۩ Selon Laperrière, l’historiographie de l’histoire religieuse au Québec a trois périodes majeures : l’Église et la religion en pleine gloire (1945/1965), la mise à jour de l’histoire religieuse (1966/1983), et enfin, une histoire religieuse plus sereine (1984/1994).

    ۩ Ainsi, les 50 dernières années au Québec ont permis à l’histoire religieuse d’avoir une production non négligeable et une évolution thématique importante au sein de ce genre.

    ۩ Divers types d’histoire sont amenés à interagir avec l’histoire religieuse : l’histoire culturelle, l’histoire politique, l’histoire sociale, celle des mentalités aussi, et bien d’autres. La pluridisciplinarité est, toujours, bien en vue.

    ۩ L’aspect quantitatif de l’histoire religieuse n’est pas à négliger : les archives très bien conservées des églises et diocèses ont favorisé une approche sérielle quant à leur étude.

    ۩ L’histoire religieuse permet même à plusieurs méthodes historiennes d’être utilisées : les études de terrain propre à l’ethnologie, les études iconographiques, les enquêtes orales, les méthodes linguistiques et sémiotiques, etc.

    ۩ En histoire religieuse, comme en toute histoire, l’écriture et la poésie que son acte révèle est à choyer et à primer. Duby le mentionnait aussi.

    ۩ Le contexte politique a grandement influencé l’Église et ses actes. N’oublions pas que l’Église a toujours été un acteur politique influent, et son histoire a beaucoup à voir avec cette discipline.

    ۩ Qui dit contexte politique dit lutte de pouvoir, et l’histoire religieuse en est aussi une de combats, de victoires, de révolutions, de tensions sociales et de schismes. Bref, parfois un réel univers de haine dans un emballage d’amour et de paix.

    -> Quelques historiens des religions : Sydney E. Ahlstrom, Walter Bauer, Katell Berthelot, André Caquot, Bernard Cottret, Alain Desreumaux, Georges Duval, Mircea Eliade, Daniele Farlati, Philippe Faure, Salomon Grayzel, Ibn Hazm, Ibn Kathir, Jacques Jomier, Joseph Kitagawa, Jacques Le Brun, Pierre Maraval, Claude Montefiore, Edward Norman, Axel Olrik, Elaine Pagels, D. Michael Quinn, Mario Rosa, Johann Matthias Schröckh, Michel Tardieu, Justin Taylor, Hermann Usener, Gez Vermes et Hubert Wolf, entre autres.

     

    Les particularités de l’histoire des sciences

    ۩ L’histoire des sciences est effervescente en ce qui a trait aux débats et tensions qui en résultent. Ces débats enrichissent à leur tour les nombreuses disciplines scientifiques. Le débat entre les tenants du traditionalisme architectural (« beaux-arts ») et ceux de la modernité (« fonction de l’édifice ») est probant à ce niveau.

    ۩ Même en histoire de la science, des professions s’affrontent et l’histoire doit en tenir compte. Pensons à l’opposition entre la profession d’architecte et celle d’ingénieur. Ces affrontements, tout comme les débats qu’ils soutiennent, permettent un renouvellement constant des pratiques et des raisons d’être professionnelles.

    ۩ De nouvelles réflexions sont toujours bienvenues dans ce monde scientifique. Par exemple, l’Exposition de 1889 a permis une nouvelle réflexion architecturale, portant sur les formes et les pratiques des architectes.

    ۩ La pluridisciplinarité est partie prenante de cette histoire scientifique. Dès le début du siècle, l’architecte tiendra, comme bien d’autres hommes de métier, compte de paramètres économiques, sociologiques et urbains dans l’élaboration de son art.

    ۩ La science est influencée directement par les événements à court, moyen ou long terme. Ainsi, l’Exposition de 1889 et la première Guerre mondiale ont, tous deux, influencé l’architecture et ses artisans.

    ۩ L’histoire des sciences permet de tracer l’évolution de problématiques particulières, tel l’eugénisme. Ainsi, l’on prend conscience de l’évolution dans le temps de théories scientifiques, ce qui permet de mettre en contexte les nouvelles recherches et découvertes.

    ۩ La médecine s’est liée, quant à elle, à plusieurs formes de pouvoir afin d’exercer son influence sur la politique, donc sur la société : au début du siècle, les vénérologues se servent de lois afin de réglementer la prostitution, et la médecine militaire, elle, favorisera la gymnastique et le naturisme (les Français, suite à leur défaite de 1870, envisage la revanche !).

    ۩ L’histoire scientifique regorge de termes particuliers qui nourrissent notre vocabulaire : eugènie, hominiculture et puériculture en sont de bons exemples.

    ۩ Au contraire de l’histoire sociale ou politique, l’histoire des sciences effraie davantage les historiens, car ses sujets d’étude semblent plus incompréhensibles pour quiconque n’ayant pas étudié pendant de longues périodes des champs d’étude scientifique spécialisés.

    ۩ Dès le début de la Guerre froide, les scientifiques doivent interagir avec plusieurs autres intervenants, politiques nationales et économiques obligent (les contrats des gouvernements sont primordiaux !). Ainsi, politiciens, militaires et industriels se lient aux opérations scientifiques de tout acabit.

    ۩ L’aspect lucratif du monde scientifique est un élément non négligeable. Le prestige, le pouvoir et le profit engendrés par les recherches et la commercialisation des découvertes ne laissent aucun scientifique indifférent.

    ۩ L’histoire indique également le rôle, la fonction, de la science (et des scientifiques) : quel est son objectif ? Qui l’appuie ? À qui sert-elle le plus ? Ainsi, plusieurs questions d’intérêt s’intègrent à merveille avec la qualité première de l’historien : la curiosité.

    ۩ L’histoire des sciences analyse trois éléments majeurs : 1) les conditions épistémologiques d’apparition d’une théorie ou d’une discipline scientifique ; 2) le système social de la science, soit le développement scientifique dans son rapport aux sociétés et ; 3) les effets sociaux, culturels et économiques de l’activité scientifique en général ou d’une discipline particulière, voire même d’une théorie.

    ۩ L’histoire des sciences a ses propres objets d’études spécifiques et ses propres méthodes.

    -> Quelques historiens des sciences : Agnes Arber, Jacques Arnould, Jean C. Baudet, Pierre Costabel, David Wilkinson, George Dyson, John Farley, Antonio Favaro, Yves Gingras, Mirko Grmek, Donna Haraway, Anne Harrington, John Henry, Gérard Jorland, Paul Kraus, Robert Lomas, Donald A. MacKenzie, Joseph Needham, Léo Pariseau, Mario Rosa, Jean Rostand, Louis-Pierre-Eugène Sédillot, Nathan Sivin, Clifford Truesdell, Giovanni Vacca, Cornelis de Waard et Emil Wohlwill, entre autres.

     

    Robert Radford, M.A. ©1999, 2013

    Note de l’auteur :

    Les idées présentées ci-dessus sont quelques principes de base que j’associe à l’étude de l’Histoire… puissent-elles intéresser autant les néophytes que les spécialistes de la question historique.